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Jason Moran

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JASON MORAN PRESENTE : LA FATS WALLER DANCE PARTY

Jason Moran, un pianiste de 41 ans créatif et ambitieux, est la « carte sauvage » du Jazz : c’est un conceptualiste convaincant qui transforme tout ce qu’il touche en un tonitruant condensé de sonorités contemporaines. Sa musique combine un certain expressionnisme cinétique avec un romantisme à toute épreuve, bouillonnante d’idées tirées de quelques uns des pans les moins explorés du panthéon du piano-jazz. Lauréat de nombreux prix et honneurs, notamment le très convoîté MacArthur «Genius» Fellowship en 2010, il a sorti une série de projets autant satisfaisants sur le plan conceptuel qu’ils le sont sur le plan sonore.

Dans les « Jazz clubs» new-yorkais du temps de la Grande Dépression, Fats Waller s’était acquis une certaine réputation, celle d’endiabler les soirées. Aujourd’hui, Moran et la très polyvalente Meshell Ndegeocello (basse/piano/guitare/chant) collaborent sur un nouveau projet qui transforme le style joyeux et énergique de Waller en «Dance Music» contemporaine.

Comme beaucoup d’idées brillantes, celle-ci a commencé par une conversation. Moran planchait sur de nouveaux concepts avec sa femme et fréquente collaboratrice, Alicia :
« Elle et moi parlions de choses que je n’avais pas encore faites qui pourraient être intéressantes», Moran raconte, « et puis d’un coup elle lance : ’il faut que tu fasses dancer les gens’ »

De nos jours, les amateurs de scènes Jazz ont la réputation d’être serieux et concentrés, mais par dessus tout de rester assis et immobiles quand ils assistent à un concert. Mais il y a 70 ou 80 ans, le Jazz était une musique de fête. Fats Waller, très populaire à l’époque, était une vraie «bête de scène», ainsi qu’un des compositeurs les plus talentueux.

«J’ai fait quelques recherches», nous relate Ndegeocello. « en ce moment précis, notre société fait face à une autre dépression, et la musique qu’il a écrite en ce temps la est tellement joyeuse, comme une forme magnifique d’expression de la culture afro-américaine, qui est capable de capturer l’instant présent et de là, créer une expérience unique.»

En pratique, Ndegeocello et Moran décomposent la musique de Fats Waller et la réassemblent pour séduire une nouvelle génération de danceurs.

" Ce n’est pas vraiment du Jazz, en fait, c’est de la «Dance Music» de club" estime Moran. Il souligne aussi que Waller était un habitué de ces clubs et bars clandestins à l’époque, et que certaines de ses paroles s’accordent parfaitement avec la musique de boîte d’aujourd’hui."

« Le groupe construit sur des fragments, sur des rythmes faits pour danser venant tout droit des "sixties" et d’après : MoTown, House, Hip-Hop...»
— Ben Ratliff, New York Times

Jason Moran - piano / claviers
Meshell Ndegeocello - chant / guitare / piano / basse
Chris Bruce - guitare
Leron Thomas - chant / trompette
Josh Roseman - trombonne
Jebin Bruni - claviers
Tarus Mateen - basse
Charles Haynes - batterie
Lisa E. Harris - chant

Majia Garcia - chorégraphie

THE BANDWAGON

Tarus Mateen - basse
Nasheet Waits - batterie

Une trajectoire brillante, une technique irréprochable et une vaste culture musicale, quelque part entre Brahms et Monk, entre Ravel et le post-bop américain : Jason Moran est l’un des musiciens les plus palpitants et insolites de la nouvelle scène jazz new-yorkaise.

Le trio de Jason Moran a séduit la salle de Pôle Sud à Strasbourg : hold up avec effusions de jazz.

Avec huit albums à son actif, tous chez Blue Note : il tire de son piano jazz un kaléidoscope d’ombres et de lumières. Du blues, du funk, du bop, en passant parfois même par l’avant-garde free.
Le jeune pianiste a joué et partagé ses émotions sur scène avec de nombreux musiciens, parmi lesquels Lee Konitz, Steve Coleman, Cassandra Wilson, y cherchant la vraie formule pour sa musique. Et sans surprise, c’est la sainte trinité du jazz (piano, batterie, basse) qui s’est imposée à lui comme le terrain idéal de sa vision généreuse et classique du jazz.
A partir de là, le pianiste a invité des artistes d’autres horizons, guitare électrique, cuivres, blues originel et proto funk de la Nouvelle Orléans. Quelques miettes de street soul ou de hip hop, et le juke-box idéal du jazz selon Jason Moran est complet.

Un musicien intelligent et sensible, donc, qui recompose ses influences dans un patchwork très post moderne. Une musique pensée et bâtie sans urgence, saluant en même temps la note bleue de Duke Ellington et le grunge jazz de ses concitoyens The Bad Plus. Et si c’était ça le jazz du XXIe siècle ?

Velibor Colic

© Dernières Nouvelles D’alsace, Vendredi 23 mars 2007. - Tous droits de reproduction réservés

- La quête de Jason Moran

IN MY MIND

Gentiment prévenu au moment d’un premier rendez-vous donné dans l’après-midi au forum de la Fnac - ces Américains, chacun s’en aperçut, ont plus que du style ! -, le public strasbourgeois avait pu imaginer sans peine que la nuit à suivre à Pôle Sud allait être chaude, avec Jason Moran & The Bandwagon.
Borsalino, pull col V, jean brut, Jason Moran et ses deux acolytes ont l’air de petites frappes du Chicago des années 20. Des gansters pour qui la prohibition n’existe pas, pour qui les bornes sont faites pour être dépassées. Alors oui, il y a dans leur musique l’héritage du bop, mais peut-être sont-ils sur le point de faire du post-bop un héritage...
Ces bandits ont du coeur.

Sur des samples de blues, Tarus Mateen place quelques notes de basse, puis un piano et une batterie prennent leur temps avant de tomber d’accord. Dans cet incessant aller-retour entre l’harmonie et la disharmonie, on sent la batterie toujours prête à dégainer. Nasheet Waits est un tireur d’élite, le digne fils d’un père (Freddie Waits) qui officiait pour Sonny Rollins.
Quand le démon le prend, le piano parvient parfois, dans un grondement de tonnerre, à le ramener à la raison. Le ciel est lourd, encore traversé par des éclairs de batterie, mais la mélodie est un arc-en-ciel et les notes de piano tombent comme les dernières gouttes de pluie dans les flaques.
Ces bandits ont du coeur.

Ils ont aussi des références. Celle du milieu quand Moran joue les pianistes Honky tonk, quand il reprend les mesures de Kraftwerk tirées du Planet rock d’Africa Bambaataa. Celles, plus érudites, de la contre-culture des années 70, quand ils jouent sur un sample de l’artiste conceptuelle Adrian Piper. Les mots break down créent un rythme sur lequel se calent les musiciens et le jazz reprend à son compte ce que le hip hop lui avait chipé.

Hold up avec effusions de jazz - le trio se condamne à aller de l’avant.